Naissance du Syndicalisme en Tarn-et-Garonne

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LA NAISSANCE DU SYNDICALISME

EN TARN ET GARONNE

  1. La création de la Bourse du Travail de Montauban

C’est le 7 janvier 1904 que se déroule l’Assemblée Générale constitutive de la Bourse du Travail de Montauban à laquelle participent 300 syndiqués.

Les statuts sont adoptés et les dirigeants élus :

  • Secrétaire : Augustin CARRIE, du syndicat des typographes
  • Trésorier : LACOSTE du syndicat des ébénistes.

A la création, 7 syndicats de Montauban sont adhérents à la nouvelle bourse : les typographes, les employés de commerce, les métallos, les cheminots, les ébénistes, les peintres et les plâtriers. Seuls 2 syndicats étaient affiliés à la C.G.T. : les cheminots et les typographes.

Augustin CARRIE, qui en fut donc le premier secrétaire, présente ainsi la bourse :

« les syndicats ouvriers de Montauban, isolés de groupements, pensèrent à juste titre suivre l’exemple de toutes les villes de France et de créer une bourse du travail. Là, toutes les corporations locales seraient réunies en union ouvrière. De cette cohésion.., les questions ouvrières et économiques seraient plus amplement discutées…pour le meilleur profit de la classe des travailleurs ».

La mairie de Montauban, de tendance radicale, fournit le bâtiment situé 4 rue d’Elie, l’ancien hôtel de la famille de Boissy (qui abrite aujourd’hui un magasin d’antiquités), ainsi qu’une subvention de 2500 fr.

Le journal l’Indépendant du T & Gne, dans son édition du 26 mars indique que cette nouvelle bourse a déjà « conquis l’estime et la confiance de toutes les classes de la société » et annonce qu’elle regroupe 1500 adhérents.

L’hôtel de Boissy, rue d’Elie, siège de

la 1ère Bourse du travail de Montauban

C’est essentiellement le syndicat des employés de commerce de Montauban qui a été à l’initiative de cette création au cours de l’année 1903, alors qu’il avait mené une action pour imposer la fermeture des commerces le soir à 19 heures au lieu de 21 h., revendication qui avait fini par aboutir.

Car cette création se situe dans un contexte de luttes importantes dans le Tarn et Garonne :

Depuis le mois d’avril 1903, un conflit très dur se déroule dans les fabriques de balais de Grisolles qui regroupent 400 salariés dans une quinzaine d’ateliers. La grève a démarré à la suite de la réduction de salaire de 15 % décidée par les patrons. Devant le refus des patrons de négocier et éviter les licenciements massifs, les ouvriers ont décidé de riposter par la grève tournante qui affecte les ateliers les uns après les autres. Mais les patrons ne cèdent rien et à la fin de 1903 les ouvriers décident alors de créer une coopérative ouvrière qui voit le jour grâce à la solidarité des salariés du département.

Au mois de mai 1904, les employés de commerce sont de nouveau dans l’action pour réclamer le repos hebdomadaire, ainsi que la création d’un conseil des prud’hommes, qui n’existait pas encore à Montauban. Il faut savoir qu’à cette époque les employés de commerce ne bénéficiaient pas du statut de salarié.

A partir de 1905 la bourse du travail édite un journal « le bulletin officiel de la bourse du travail ».

  1. Le développement du syndicalisme

En ce début de siècle, l’activité économique de Montauban était surtout caractérisée par l’artisanat, le commerce  et les métiers du bâtiment ; l’industrie textile, florissante au siècle précédent avait pratiquement disparu ; il restait quelques couperies de poils qui traitaient les peaux de lapin pour fabriquer le feutre servant pour la chapellerie.

Les concentrations de salariés se trouvaient dans les autres localités du département :

  • L’usine des métaux de Castelsarrasin (450 salariés)

  • Les usines de chapellerie (une trentaine) de Caussade-Septfonds qui regroupaient selon les saisons jusqu’à 3000 salariés.

  • Les fabriques de balai de Grisolles (400 salariés)

  • L’usine de chaux et ciments de Lexos

  • la papeterie de Montech.

La mise en place de la bourse permet d’impulser et de fédérer le développement du syndicalisme dans les usines mais avec des difficultés tenant à la dispersion du monde ouvrier dans le département. C’est ainsi que de nombreuses cités continuent à se rattacher à leur ancien centre d’attraction : Grisolles, vers Toulouse ; Valence d’Agen, vers Agen….

Durant cette année 1904, plusieurs corporations créent leur syndicat : les maréchaux-ferrants, les ferblantiers, les zingueurs, les couvreurs, les plombiers, les chaudronniers, les cordonniers…

Au cours de cette même année, des syndicats importants tels que la métallurgie, le livre ou le commerce tiennent des réunions avec des responsables de fédérations nationales et désignent des délégués aux congrès des fédérations.

En 1905, les chapeliers de Caussade créent à leur tour un syndicat Cgt dont le secrétaire, Alfred Durou restera l’un des piliers jusqu’après la guerre de 14/18.

Toujours en 1905, la jeune bourse du travail conduit son premier mouvement avec la grève des typographes, dont fait partie le secrétaire de la bourse, pour une hausse de salaires. Un syndicat de « jaunes » se crée et c’est l’échec. Tous les grévistes sont licenciés; ils parviennent avec le soutien du fonds de grève à créer l’imprimerie coopérative qui existe encore à ce jour.

En 1906, ce sont les tuiliers de Moissac qui créent leur syndicat et se mettent en grève pour faire baisser la journée de travail de 12 à 10 h, mais ce fut l’échec.

Cette même année, à l’occasion de la loi instituant le repos hebdomadaire, les employés de commerce et les ouvriers boulangers firent grève pour l’imposer, car les patrons refusaient de l’appliquer. Seuls quelques patrons finirent par céder.

En 1907 on recensera 23 syndicats adhérents à la bourse du travail, dont 18 sur Montauban, 1 sur Castel, 3 sur Moissac et 1 sur Caussade qui représentent 1400 syndiqués.

  1. L’action de la bourse du travail

Elle consiste à proposer aux syndiqués un certain nombre de services :

  • un bureau de placement qui met en contact employeurs et demandeurs d’emploi (plus de 200 salariés sont ainsi placés chaque année)

  • une caisse de secours de route (appelée viaticum) héritée du compagnonnage pour les personnes qui sont appelées à voyager pour trouver de l’emploi.

  • une caisse de chômage et de maladie,

  • un bureau de renseignement qui donnera naissance par la suite à l’inspection du travail.

  • un service médical.

La bourse constitue également une bibliothèque dont le but est de participer à la formation des adhérents. En 1905, elle comptait déjà une centaine d’ouvrages, sur les techniques des métiers mais aussi sur l’information générale et syndicale.

C’est le dimanche matin à partir de 10 h. que les adhérents se retrouvaient à la bourse et qu’avaient lieu les versements pour la caisse de secours ainsi que les consultations médicales gratuites. Des médecins, des avocats, des professeurs, des journalistes se mettaient à la disposition de la Bourse.

A partir d’octobre 1904, le bureau de placement qui ne s’adressait qu’aux hommes prend également en charge les femmes.

Lors de chaque assemblée trimestrielle, un bilan est présenté ; ainsi en juin 1904, on comptabilise 43 demandes d’emploi, 37 offres et 35 placements.

La création du Conseil de Prud’hommes de Montauban en janvier 1907 est la réalisation d’une ancienne revendication qui a été reprise et soutenue dès la mise en place de la bourse. Aux premières élections qui eurent lieu le 29 septembre 1907, tous les candidats présentés par la bourse du travail sont élus.

En 1912, se précise la création de l’Union Départementale avec la décision du congrès de la C.G.T. de remplacer les bourses du travail par des Unions Départementales et ce dès 1914.

L’arrivée de la guerre interrompt ce processus, car les syndicats sont rapidement désorganisés, et ce n’est finalement que le 4 janvier 1920 que se tiendra le congrès constitutif de l’Union Départementale C.G.T de Tarn et Garonne.

Le 25 mai 1914, les métallos de l’usine de Castelsarrasin se mettent en grève à la suite d’un accident mortel et le mouvement va se poursuivre pendant 65 jours sur des revendications de salaire ; la direction ne cède pas et la rentrée s’effectue le 29 juillet, sans aucun acquis. 2 jours plus tard Jaurès était assassiné, et le 3 août, la guerre était déclarée à l’Allemagne .

Quelques figures de militants :

Augustín Carrié, né en 1872 à Cornusson (Caylus), typographe à Montauban.

Il devint Secrétaire de la bourse du travail et secrétaire du Conseil des Prud’hommes jusqu’à sa mobilisation en 1914. Il décède en 1921.

Samuel Barrier, né dans le Gard en 1863, fondateur de l’Imprimerie Coopérative de Montauban, avec l’aide d’Irénée Bonnafous, rédacteur de la Dépêche du Midi. Il fut le premier président ouvrier des Prud’hommes.

Antoine Barrière, né en 1856 exerce la profession de menuisier. Conseiller municipal à Montauban, il fit voter les subventions pour la bourse dont il devint le trésorier. Il assura la présidence des Prud’hommes durant tout le conflit de 14-18.

Jean SALTAREL

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